Un saignement de nez pendant la grossesse, aussi appelé épistaxis, désigne l’écoulement de sang par une ou les deux narines, provoqué par la rupture de petits vaisseaux sanguins situés dans la muqueuse nasale. Ce phénomène touche environ 20 % des femmes enceintes, contre seulement 6 % dans la population générale. Bien que souvent impressionnant, il est dans la grande majorité des cas bénin et gérable à domicile.

Durant la grossesse, le volume sanguin maternel augmente de 40 à 50 % dès le premier trimestre. Cette augmentation significative exerce une pression accrue sur les vaisseaux fragiles du nez. Ajoutez à cela les fluctuations hormonales intenses, et vous obtenez un terrain propice aux saignements nasaux récurrents.

Cet article explore les causes précises du saignement de nez en grossesse, les symptômes qui doivent alerter, les méthodes pour stopper un épisode, les traitements disponibles et les situations nécessitant une consultation médicale urgente. Le Ministère de la Santé recommande de ne jamais minimiser un saignement persistant chez la femme enceinte.

Pourquoi saigne-t-on du nez pendant la grossesse ? Les causes expliquées

L’impact des hormones sur la muqueuse nasale

Dès les premières semaines de gestation, les taux d’œstrogènes et de progestérone augmentent fortement. Ces hormones provoquent une vasodilatation, c’est-à-dire un élargissement des vaisseaux sanguins, y compris ceux de la muqueuse nasale. La paroi de ces vaisseaux devient alors plus perméable et plus vulnérable aux ruptures.

La muqueuse du nez se congestionne, gonfle, et se fragilise progressivement. Ce phénomène explique pourquoi de nombreuses femmes enceintes ressentent également une congestion nasale persistante, souvent désignée sous le terme de rhinite de grossesse. Ce trouble nasal touche environ 30 % des femmes enceintes, selon les études obstétricales récentes.

L’augmentation du volume sanguin maternel

Entre la 6e et la 34e semaine de grossesse, le volume sanguin total de la mère augmente de 1 200 à 1 600 ml supplémentaires. Cette hypervolémie physiologique est essentielle pour irriguer le placenta et soutenir le développement du fœtus. Toutefois, elle soumet en permanence les capillaires nasaux à une pression plus élevée.

Un simple éternuement, un mouchage vigoureux ou une exposition à un air sec peuvent suffire à provoquer la rupture d’un vaisseau fragilisé. L’altitude, les voyages en avion ou le chauffage intense en hiver accentuent ce risque. Ces facteurs environnementaux, combinés aux transformations physiologiques, font de l’épistaxis un symptôme très commun en obstétrique.

Les autres facteurs déclenchants à connaître

Plusieurs éléments supplémentaires peuvent favoriser un épisode de saignement nasal durant la grossesse :

  • Air sec ou chauffé : l’humidité de la muqueuse diminue, la rendant plus friable
  • Infections ORL : une rhinopharyngite ou une sinusite irritent davantage les parois nasales
  • Mouchage trop fort : la pression mécanique rompt les capillaires fragilisés
  • Grattage ou manipulation du nez : un geste anodin peut déclencher un saignement
  • Hypertension artérielle : une tension élevée favorise les ruptures vasculaires
  • Carence en vitamine C ou K : ces nutriments sont essentiels à la solidité des parois capillaires
  • Prise de certains médicaments : les anticoagulants ou les anti-inflammatoires augmentent le risque hémorragique

Il convient donc d’identifier ces facteurs pour mieux les corriger au quotidien.

Quels sont les symptômes du saignement de nez en grossesse ?

Les signes typiques d’un épisode bénin

Un épisode classique se manifeste par un écoulement de sang rouge vif par une ou les deux narines, souvent sans douleur. La durée habituelle est inférieure à 10 minutes, et le saignement s’arrête spontanément ou après quelques gestes simples. L’état général de la femme reste intact : pas de vertige, pas de palpitations, pas de pâleur intense.

La fréquence peut varier d’un épisode isolé à plusieurs occurrences hebdomadaires, sans que cela constitue nécessairement un signe d’alarme. Cependant, si les saignements surpassent 3 à 4 épisodes par semaine, une évaluation médicale reste conseillée. Le praticien pourra alors vérifier l’état de la muqueuse et écarter toute pathologie sous-jacente.

Les symptômes qui nécessitent une vigilance accrue

Certains signes accompagnateurs doivent pousser à consulter rapidement :

  • Un saignement qui dure plus de 20 minutes malgré les premières mesures
  • Un flux sanguin abondant ou bilatéral
  • Des vertiges, une sensation de faiblesse ou une syncope
  • Des saignements associés à des céphalées intenses ou des troubles visuels
  • Une tension artérielle supérieure à 140/90 mmHg mesurée au repos
  • La présence de sang dans les selles ou les urines simultanément

Ces symptômes peuvent indiquer une hypertension gestationnelle, une prééclampsie ou un trouble de la coagulation. Ces pathologies exigent une prise en charge médicale immédiate.

Comment arrêter un saignement de nez pendant la grossesse ?

Les gestes efficaces à appliquer immédiatement

Face à un épisode d’épistaxis, quelques gestes simples permettent généralement d’interrompre le saignement en moins de 10 minutes :

  1. S’asseoir en position droite, légèrement penchée en avant (pas en arrière)
  2. Pincer les narines avec le pouce et l’index, juste sous l’os du nez
  3. Maintenir la pression pendant 10 à 15 minutes sans relâcher
  4. Respirer par la bouche pour faciliter la compression
  5. Appliquer du froid sur l’arête du nez avec un linge humide

Il est essentiel de ne pas incliner la tête vers l’arrière, car le sang risquerait de s’écouler dans le pharynx, provoquant nausées ou vomissements. De même, avaler du sang peut irriter l’estomac. Ces précautions simples sont recommandées par les professionnels de santé en obstétrique.

Ce qu’il ne faut absolument pas faire

Certaines erreurs courantes aggravent la situation :

  • Renverser la tête en arrière : risque d’ingestion de sang
  • Introduire un coton ou un mouchoir en profondeur sans avis médical
  • Reprendre une activité physique intense immédiatement après l’épisode
  • Ignorer un saignement persistant sous prétexte que « c’est normal en grossesse »

Chaque épisode doit être pris au sérieux, même si la plupart restent bénins. Une surveillance régulière de la tension artérielle en parallèle est toujours une bonne pratique.

Quels traitements pour les saignements nasaux récurrents pendant la grossesse ?

Les solutions locales et les soins quotidiens

Pour prévenir les épisodes répétés, l’hydratation de la muqueuse nasale est primordiale. Les sprays de sérum physiologique isotonique, utilisés 2 à 3 fois par jour, maintiennent l’humidité des parois nasales fragilisées. Les gels nasaux à base d’eau, disponibles sans ordonnance, constituent également une alternative efficace et parfaitement compatibles avec la grossesse.

Un humidificateur dans la chambre à coucher, notamment en hiver ou en cas de chauffage central, peut réduire significativement la fréquence des épisodes. Il convient de maintenir un taux d’humidité ambiante entre 50 et 60 %. Cette simple mesure environnementale est souvent sous-estimée mais très bénéfique.

Les interventions médicales en cas de persistance

Lorsque les saignements résistent aux soins locaux, le médecin ou l’ORL peut proposer des solutions médicales adaptées à la grossesse :

  • Cautérisation chimique au nitrate d’argent : une technique ambulatoire qui sclérose le vaisseau responsable des saignements répétés
  • Méchage nasal antérieur : pose temporaire d’un matériau résorbable dans la narine
  • Bilan biologique : numération formule sanguine (NFS), bilan de coagulation, dosage de la ferritine
  • Contrôle de la tension artérielle : mesure régulière à domicile ou au cabinet

Le Ministère de la Santé rappelle que toute intervention sur une femme enceinte doit être validée par un professionnel spécialisé en obstétrique ou en médecine générale. Aucun traitement médicamenteux ne doit être entrepris en automédication durant la gestation.

L’alimentation et les compléments alimentaires

Une alimentation riche en vitamine C favorise la solidité des capillaires. Les agrumes, les poivrons rouges, le brocoli ou les kiwis en sont d’excellentes sources naturelles. La vitamine K, présente dans les légumes verts feuillus comme les épinards ou le chou, participe à la coagulation sanguine normale.

Avant de prendre tout complément alimentaire, une consultation médicale est indispensable. Certaines supplémentations peuvent interagir avec la coagulation ou d’autres paramètres biologiques. Le suivi obstétrical régulier reste le meilleur cadre pour adapter les apports nutritionnels en toute sécurité.

À quel trimestre le saignement de nez est-il le plus fréquent ?

Premier et deuxième trimestre : une période de vulnérabilité vasculaire

La grande majorité des épisodes d’épistaxis surviennent entre la 6e et la 24e semaine de grossesse. C’est précisément la période durant laquelle les modifications hormonales et circulatoires sont les plus intenses. La muqueuse nasale atteint son niveau maximal de vascularisation et de fragilité durant cette fenêtre temporelle.

Au cours du premier trimestre, la montée rapide des taux d’œstrogènes déclenche une vasodilatation importante. Le deuxième trimestre prolonge ce phénomène tout en ajoutant l’augmentation progressive du volume sanguin. Les deux premiers trimestres représentent ainsi la période la plus propice aux saignements nasaux récurrents.

Troisième trimestre : une légère amélioration possible

À partir du 7e mois, certaines femmes constatent une diminution de la fréquence des épisodes. L’organisme s’est en partie adapté à l’hypervolémie et aux modifications vasculaires. Toutefois, la pression exercée par le volume sanguin reste élevée jusqu’à l’accouchement, et les épisodes ne disparaissent pas totalement pour toutes les femmes.

Il est important de signaler tout nouveau saignement survenant au troisième trimestre à la sage-femme ou au médecin référent. À ce stade, une étiologie hypertensive doit être écartée en priorité. La prééclampsie, qui touche 2 à 8 % des grossesses selon l’Organisation Mondiale de la Santé, peut se manifester par des saignements associés à une élévation tensionnelle.

Saignement de nez en grossesse : quand faut-il consulter en urgence ?

Les signaux d’alarme à ne jamais ignorer

Certaines situations justifient une consultation médicale sans délai, voire un passage aux urgences :

  • Saignement qui dépasse 20 minutes malgré les gestes de compression
  • Perte de sang très abondante avec sensation de faiblesse ou malaise
  • Tension artérielle supérieure à 140/90 mmHg
  • Céphalées violentes, trouble de la vision, bourdonnements d’oreilles
  • Saignements simultanés dans d’autres zones (gencives, ecchymoses spontanées)
  • Fièvre supérieure à 38,5°C associée au saignement nasal

Ces symptômes peuvent signaler une prééclampsie, une coagulopathie ou une thrombopénie gestationnelle. Ces pathologies nécessitent une exploration biologique et une prise en charge spécialisée dans les meilleurs délais.

Le rôle du suivi obstétrical régulier

Un suivi prénatal rigoureux permet de détecter précocement les facteurs de risque. Les consultations mensuelles jusqu’au 7e mois, puis bimensuelles, incluent systématiquement la mesure de la pression artérielle. Ce contrôle régulier est le meilleur outil de prévention des complications vasculaires liées à la grossesse.

En cas de saignements répétés, le médecin peut prescrire un bilan biologique complet pour évaluer la formule sanguine, les plaquettes et les paramètres de coagulation. Une orientation vers un ORL ou un hématologue peut s’avérer nécessaire selon les résultats. La communication ouverte avec l’équipe soignante reste essentielle tout au long de la gestation.

Comment prévenir les saignements de nez tout au long de la grossesse ?

Les habitudes quotidiennes protectrices

La prévention repose sur des gestes simples intégrés à la routine :

  • Moucher le nez délicatement, sans forcer
  • Utiliser du sérum physiologique pour humidifier les narines chaque matin
  • Boire suffisamment d’eau (environ 1,5 à 2 litres par jour) pour maintenir une bonne hydratation générale
  • Éviter les environnements très secs ou très chauffés
  • Contrôler sa tension artérielle à domicile, surtout après le 5e mois
  • Signaler tout épisode récurrent à la sage-femme ou au gynécologue

Ces mesures préventives, simples à mettre en place, réduisent considérablement la fréquence et l’intensité des épisodes. Elles s’inscrivent pleinement dans une démarche de bien-être maternel globale.

L’environnement domestique comme levier de prévention

Un espace de vie correctement humidifié préserve l’intégrité de la muqueuse nasale. En hiver, le chauffage par radiateur abaisse le taux d’humidité intérieure en dessous de 30 %, un seuil particulièrement défavorable pour les femmes enceintes. L’utilisation d’un humidificateur d’air, combinée à l’aération quotidienne des pièces, constitue une mesure de prévention efficace et non invasive.

Le saignement de nez pendant la grossesse est-il dangereux pour le bébé ?

Dans la grande majorité des situations, un saignement nasal bénin n’affecte pas le développement fœtal. Le sang perdu lors d’un épisode classique représente un volume minime, rarement supérieur à 5 ml. L’organisme maternel compense cette perte sans aucune conséquence sur l’approvisionnement en oxygène du placenta.

En revanche, si le saignement est le signe d’une hypertension artérielle sévère ou d’une prééclampsie, la situation devient différente. Ces pathologies peuvent réduire le flux sanguin placentaire et affecter la croissance du fœtus. Un suivi médical attentif reste donc la meilleure protection pour la mère et l’enfant.

FAQ : vos questions sur le saignement de nez en grossesse

Le saignement de nez en grossesse est-il systématiquement bénin ?

Non, pas systématiquement. Dans environ 80 % des cas, l’épistaxis durant la grossesse est bénigne et liée aux modifications hormonales et vasculaires normales de la gestation. Cependant, un saignement persistant, abondant ou associé à une hypertension ou des troubles visuels doit être évalué médicalement sans délai.

Peut-on utiliser un spray nasal décongestionnant pendant la grossesse ?

La plupart des sprays décongestionnants contenant de la xylométazoline ou de l’oxymétazoline sont déconseillés durant la grossesse, surtout au premier trimestre. Seul le sérum physiologique isotonique et les solutions salines sont recommandés. Une consultation médicale est indispensable avant tout traitement local.

À partir de combien d’épisodes par semaine faut-il consulter ?

Au-delà de 3 à 4 épisodes hebdomadaires, même courts, une consultation médicale est conseillée. Le praticien recherchera une cause locale (varice de la tache vasculaire), générale (hypertension, trouble de la coagulation) ou infectieuse. Une prise en charge précoce évite l’aggravation.

Le saignement de nez peut-il indiquer une prééclampsie ?

Un saignement nasal isolé n’est pas un signe spécifique de prééclampsie. En revanche, s’il s’accompagne d’une tension artérielle supérieure à 140/90 mmHg, de céphalées intenses, de troubles visuels ou d’oedèmes soudains, ces éléments combinés doivent alerter. Une consultation aux urgences obstétricales s’impose alors.

Les saignements de nez disparaissent-ils après l’accouchement ?

Oui, dans la très grande majorité des cas. Après l’accouchement, les taux hormonaux reviennent progressivement à leur niveau habituel et le volume sanguin se normalise en quelques semaines. La muqueuse nasale retrouve sa tonicité capillaire et les épisodes cessent spontanément.

Saignement nez grossesse : ce que tout cela signifie en pratique

Le saignement de nez pendant la grossesse est un symptôme fréquent, souvent bénin, mais qui mérite toujours une attention sérieuse. Les modifications hormonales, l’augmentation du volume sanguin et la fragilisation des capillaires nasaux expliquent la survenue de ces épisodes chez une femme enceinte sur cinq. Des gestes simples permettent de gérer efficacement la plupart des cas à domicile. Toutefois, un saignement persistant au-delà de 20 minutes, associé à une tension élevée ou à d’autres signes d’alerte, impose une consultation médicale sans attendre. Toute situation de doute mérite d’être partagée avec un professionnel de santé.

Sources

American College of Obstetricians and Gynecologists. (2019). Hypertension in pregnancy. ACOG Practice Bulletin, No. 202. https://doi.org/10.1097/AOG.0000000000003120

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Ministère de la Santé et de la Prévention. (2023). Suivi et accompagnement des grossesses. Santé.gouv.fr. https://www.sante.gouv.fr

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