L’endométriose désigne une affection gynécologique chronique dans laquelle du tissu semblable à la muqueuse utérine se développe en dehors de l’utérus, notamment sur les ovaires, les trompes de Fallope ou le péritoine. Cette pathologie touche environ 1 femme sur 10 en âge de procréer, soit près de 190 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé. En France, on estime à 4 millions le nombre de femmes concernées, bien que le diagnostic reste souvent tardif, avec un délai moyen de 7 ans entre les premiers symptômes et la confirmation médicale.
Endométriose et grossesse forment un duo complexe, souvent source d’inquiétude. Pourtant, tomber enceinte avec cette maladie est possible pour de nombreuses femmes, à condition d’être bien accompagnée.
Cet article explore les mécanismes de la maladie, son impact sur la fertilité, les options thérapeutiques disponibles et les précautions à prendre pendant la grossesse.
Qu’est-ce que l’endométriose exactement ?
Comment fonctionne la muqueuse utérine et pourquoi peut-elle migrer ?
Chaque cycle menstruel, la muqueuse interne de l’utérus, appelée endomètre, s’épaissit pour accueillir un éventuel embryon. En l’absence de fécondation, cette muqueuse se desquame et provoque les règles. Chez les femmes atteintes d’endométriose, des cellules similaires à cet endomètre se retrouvent hors de l’utérus, créant des lésions qui réagissent aux mêmes variations hormonales. Ces tissus ectopiques saignent lors de chaque cycle, sans pouvoir être évacués, ce qui engendre inflammation, douleurs pelviennes et adhérences.
Les causes exactes de cette migration cellulaire restent débattues. Plusieurs théories coexistent : la menstruation rétrograde (reflux de sang menstruel vers les trompes), des anomalies immunitaires ou encore une prédisposition génétique. Environ 8 à 10 % des filles dont la mère est atteinte développent également la maladie.
Quelles sont les formes cliniques de l’endométriose ?
La maladie se présente sous trois formes principales :
- L’endométriose superficielle : lésions péritonéales en surface, la forme la plus courante
- L’endométriome ovarien : kyste rempli de sang ancien sur un ou les deux ovaires, touchant 20 à 40 % des patientes
- L’endométriose profonde infiltrante : atteinte des organes pelviens comme le rectum, la vessie ou les ligaments utérosacrés, présente dans 15 à 30 % des cas
Ces formes peuvent coexister et ne présentent pas toujours un lien direct entre l’intensité des lésions et la sévérité des douleurs ressenties.
Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?
Les douleurs caractéristiques de la maladie
Le symptôme le plus fréquent reste la dysménorrhée, c’est-à-dire des règles douloureuses, souvent invalidantes. Contrairement aux crampes menstruelles classiques, les douleurs liées à l’endométriose commencent parfois avant les règles et persistent plusieurs jours. Des douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie), à la défécation ou à la miction peuvent aussi survenir, particulièrement en période menstruelle.
La fatigue chronique est également citée par plus de 50 % des patientes comme un symptôme majeur, souvent sous-estimé. Des troubles digestifs (ballonnements, diarrhées cycliques) complètent fréquemment ce tableau clinique.
Infertilité et endométriose : quel lien concret ?
Environ 30 à 50 % des femmes atteintes d’endométriose présentent des difficultés à concevoir naturellement. Toutefois, cela ne signifie pas une infertilité absolue : plus de 60 % des femmes avec une forme légère à modérée peuvent tomber enceintes sans assistance médicale. La maladie peut perturber la conception de plusieurs façons :
- Distorsion anatomique des trompes ou des ovaires
- Altération de la qualité ovocytaire par l’inflammation
- Modification de l’environnement utérin rendant la nidation plus difficile
- Réduction de la réserve ovarienne, notamment en cas d’endométriomes
Ces mécanismes s’associent souvent, rendant la prise en charge pluridisciplinaire indispensable.
Comment l’endométriose affecte-t-elle concrètement la grossesse ?
Quels risques obstétricaux sont associés à cette pathologie ?
Une grossesse avec endométriose peut se dérouler normalement dans la majorité des cas. Cependant, certaines études indiquent un risque légèrement accru de complications. Les principales préoccupations médicales sont :
- Un risque de fausse couche spontanée légèrement supérieur à la population générale (estimé entre 25 et 35 % contre 15 à 20 % en moyenne)
- Un risque de grossesse extra-utérine multiplié par 2 à 7 chez les femmes ayant des lésions tubaires
- Une prévalence plus élevée de placenta praevia (0,8 % contre 0,5 % en population générale)
- Un accouchement prématuré plus fréquent, signalé dans certaines cohortes à hauteur de 15 % des grossesses concernées
Ces chiffres appellent à une surveillance rapprochée, mais ne doivent pas générer de panique inutile.
L’endométriose évolue-t-elle pendant la grossesse ?
La grossesse modifie profondément l’environnement hormonal féminin, notamment en supprimant les cycles menstruels. Cette suspension hormonale entraîne souvent une amélioration temporaire des douleurs pelviennes. Certaines femmes rapportent une diminution marquée des symptômes dès le premier trimestre, ce qui s’explique par l’élévation du taux de progestérone qui freine l’activité des lésions. Toutefois, ces bénéfices sont généralement transitoires : la maladie peut reprendre son évolution dans les mois suivant l’accouchement.
Quelles sont les options pour favoriser une grossesse avec endométriose ?
La chirurgie améliore-t-elle les chances de concevoir ?
La coelioscopie reste le traitement de référence pour diagnostiquer et traiter chirurgicalement les lésions. L’ablation des endométriomes ovariens ou des foyers profonds peut améliorer la fertilité dans certains cas, notamment lorsque les trompes sont obstruées. Toutefois, opérer plusieurs fois sur les ovaires peut réduire la réserve ovarienne, ce qui constitue un arbitrage délicat à discuter avec le chirurgien. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande d’évaluer individuellement chaque situation avant toute intervention.
La procréation médicalement assistée : quelle place pour les femmes atteintes ?
Lorsque la conception naturelle s’avère difficile, la PMA offre plusieurs options adaptées :
- La stimulation ovarienne associée à une insémination intra-utérine, pour les formes légères
- La fécondation in vitro (FIV), particulièrement indiquée en cas d’atteinte tubaire ou d’endométriomes
- La préservation ovocytaire, recommandée par le Ministère de la Santé chez les femmes jeunes avec endométriome, pour protéger la réserve ovarienne avant qu’elle ne diminue davantage
Le taux de réussite d’une FIV chez une femme atteinte d’endométriose varie entre 25 et 35 % par tentative selon les données de l’Agence de la Biomédecine, résultat comparable à celui observé dans d’autres causes d’infertilité.
Les traitements hormonaux : un soutien avant la conception
Les progestatifs, les analogues de la GnRH ou la pilule contraceptive sont souvent prescrits pour contrôler la progression des lésions. Ces traitements ne favorisent pas directement la grossesse, mais ils stabilisent la maladie avant un projet de conception. Un arrêt encadré du traitement, suivi d’une tentative rapide de conception, est généralement conseillé pour tirer profit de la fenêtre thérapeutique favorable.
Comment se déroule le suivi médical d’une grossesse avec endométriose ?
Quels examens et bilans sont recommandés ?
Un suivi obstétrical renforcé est préconisé dès la confirmation de la grossesse. Les consultations sont généralement plus fréquentes que pour une grossesse sans antécédent particulier. Parmi les examens recommandés :
- Échographies mensuelles lors du premier trimestre pour surveiller l’évolution des endométriomes
- Mesure régulière du col utérin pour anticiper un risque d’accouchement prématuré
- Surveillance de la localisation placentaire par échographie morphologique
- Bilan biologique incluant le dosage de la protéine C réactive pour détecter une inflammation active
Ces examens permettent d’anticiper d’éventuelles complications et d’adapter la prise en charge en temps réel.
Quelle équipe médicale pour accompagner cette grossesse ?
Un accompagnement pluridisciplinaire associant gynécologue-obstétricien, sage-femme et, si nécessaire, gastro-entérologue ou urologue, représente la configuration idéale. Certains centres hospitaliers disposent de consultations dédiées à l’endométriose, avec une expertise spécifique sur les grossesses à risque. En France, les maternités de niveau 2 ou 3 sont à privilégier en cas de forme sévère de la maladie.
Peut-on prévenir les complications liées à l’endométriose pendant la grossesse ?
Les mesures concrètes pour réduire les risques
Aucune mesure ne garantit une grossesse sans complication, mais plusieurs habitudes réduisent les risques :
- Informer immédiatement l’équipe médicale de tout antécédent d’endométriose dès le début de la grossesse
- Adopter une alimentation anti-inflammatoire riche en oméga-3, fibres et antioxydants
- Limiter le stress chronique, qui aggrave les phénomènes inflammatoires pelviens
- Éviter l’automédication, notamment les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) après 24 semaines d’aménorrhée
- Maintenir une activité physique douce et régulière, validée par le praticien
Ces recommandations s’inscrivent dans une démarche globale de santé et non dans un protocole strict.
Après l’accouchement : allaitement et récidive
L’allaitement maternel prolonge la suppression hormonale naturelle et peut retarder la reprise de l’activité de l’endométriose. Certaines données suggèrent qu’un allaitement de 6 mois ou plus réduit temporairement le risque de récidive symptomatique. Après le sevrage, une reprise du traitement médical ou une surveillance gynécologique rapprochée s’impose pour prévenir une aggravation des lésions.
FAQ – Questions fréquentes sur l’endométriose et grossesse
Une femme atteinte d’endométriose peut-elle tomber enceinte naturellement ?
Oui, dans de nombreux cas. Plus de 60 % des femmes avec une endométriose légère à modérée parviennent à concevoir sans assistance médicale. La fertilité dépend largement du stade de la maladie, de l’âge et de l’état des organes pelviens.
L’endométriose provoque-t-elle des fausses couches ?
Elle peut légèrement augmenter le risque, estimé entre 25 et 35 % selon les formes sévères, contre une moyenne de 15 à 20 % en population générale. Un suivi médical adapté permet de mieux surveiller l’évolution de la grossesse et d’agir rapidement si nécessaire.
La grossesse guérit-elle l’endométriose ?
Non. La grossesse peut temporairement atténuer les symptômes grâce aux modifications hormonales, mais elle ne supprime pas les lésions existantes. La maladie reprend généralement son évolution après l’accouchement et le retour des cycles.
Quand consulter un médecin en cas de suspicion d’endométriose ?
Dès l’apparition de règles très douloureuses, de douleurs pelviennes chroniques, de douleurs lors des rapports sexuels ou de difficultés à concevoir après 12 mois de rapports non protégés (ou 6 mois après 35 ans), une consultation gynécologique s’impose sans délai.
La PMA est-elle systématiquement nécessaire en cas d’endométriose ?
Non. La PMA n’est recommandée qu’en cas d’échec de conception naturelle après un délai raisonnable, ou d’emblée en cas de forme sévère avec obstruction tubaire confirmée. Chaque situation est évaluée individuellement par l’équipe médicale.
Endométriose et grossesse : ce qu’il faut retenir pour agir
L’endométriose et grossesse peuvent coexister, à condition d’un accompagnement médical rigoureux et personnalisé. La maladie affecte la fertilité dans 30 à 50 % des cas, mais de nombreuses femmes conçoivent naturellement ou grâce à la PMA. Les risques obstétricaux existent, mais restent gérables avec un suivi renforcé dès le premier trimestre. Chaque parcours est unique, et aucune fatalité n’est inscrite dans ce diagnostic. Consulter rapidement un gynécologue spécialisé permet d’évaluer la situation, d’envisager les options adaptées et de mettre toutes les chances de son côté pour mener une grossesse sereine.
Sources
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