Le cabinet dentaire est l’une des professions de santé libérales où le choix de structure a le plus d’effet. Deux raisons : l’investissement en équipement est lourd, et les revenus atteignent des niveaux où l’arbitrage fiscal devient significatif.

Voici comment se posent les deux questions — la structure, et le revenu qui en découle.

Les options de structure

L’entreprise individuelle

Le régime par défaut. Vous exercez en nom propre, vos revenus relèvent des bénéfices non commerciaux, vous êtes imposé à l’impôt sur le revenu sur l’intégralité de votre bénéfice.

Ce qui plaide pour : simplicité, absence de formalisme sociétaire, coûts de gestion minimaux.

La limite fiscale : tout le bénéfice est imposé, qu’il soit prélevé ou réinvesti. Pour un cabinet qui dégage des résultats importants et doit financer des équipements lourds, c’est une contrainte réelle.

Sur la protection du patrimoine : depuis la réforme du statut de l’entrepreneur individuel, le patrimoine personnel bénéficie d’une protection de principe. Elle connaît des limites — notamment les cautions personnelles exigées par les banques, fréquentes quand on finance un plateau technique.

La société d’exercice libéral

La SELARL — ou SELAS selon le montage — est la forme la plus répandue chez les chirurgiens-dentistes qui atteignent un certain niveau d’activité.

Son intérêt principal est fiscal. La société est soumise à l’impôt sur les sociétés, ce qui permet de distinguer :

  • la rémunération que vous vous versez, imposée à l’impôt sur le revenu ;
  • le bénéfice conservé dans la société, imposé à l’IS.

Concrètement, cela permet de financer les investissements sur des résultats moins lourdement imposés — ce qui, dans une profession où un fauteuil, un cône beam ou un plateau de stérilisation représentent des montants importants, change le calcul.

Ce que cela coûte : une comptabilité commerciale, des obligations sociétaires, des coûts de gestion supérieurs, et une articulation plus complexe avec vos cotisations sociales.

Le seuil de bascule dépend de votre niveau de revenu, de votre programme d’investissement, de votre situation familiale et de votre horizon. C’est une décision d’expert-comptable spécialisé, pas un comparatif en ligne.

La SPFPL

La société de participations financières de professions libérales est une holding : elle détient des parts de sociétés d’exercice.

Elle intéresse les praticiens qui envisagent de détenir plusieurs structures, d’organiser une association ou de préparer une transmission. Elle permet notamment de financer l’acquisition de parts d’une SEL dans un cadre optimisé.

C’est un montage patrimonial, à envisager quand le projet le justifie — pas à l’installation.

Les structures de partage

La SCM partage des moyens sans partager les honoraires : chacun garde sa patientèle et sa comptabilité. C’est le montage classique du cabinet de groupe dentaire, et il est souvent le bon.

La SCP organise un exercice en commun, avec mise en commun des honoraires. Moins fréquente.

Le tableau de décision

Votre situationStructure généralement adaptée
Vous démarrez, seulEntreprise individuelle
Vous partagez des locaux, chacun sa patientèleSCM
Revenus élevés, programme d’investissement, logique patrimonialeSELARL / SELAS
Plusieurs structures, association, transmissionSPFPL au-dessus d’une SEL

Le revenu : comment il se construit

Les moyennes qui circulent sur le « salaire d’un dentiste » sont peu utiles, parce que la dispersion est énorme. Ce qui est utile, c’est la mécanique.

Étape 1 — Le chiffre d’affaires

Il repose sur trois variables : le nombre d’actes, leur valorisation et la part de prothèse.

Ce dernier point est structurant et propre à votre profession. Les soins conservateurs sont à tarif opposable, la prothèse relève des trois paniers du 100 % Santé — dont un à honoraires libres. La composition de votre activité entre soins et prothèse détermine largement votre chiffre d’affaires, à volume horaire égal.

Étape 2 — Les charges

Elles sont plus lourdes que dans la plupart des professions de santé libérales, et c’est la spécificité économique du cabinet dentaire :

  • le plateau technique : fauteuils, imagerie, stérilisation, informatique — amortissements et emprunts ;
  • les consommables et la sous-traitance prothétique, poste souvent sous-estimé ;
  • la masse salariale : assistante dentaire, secrétariat ;
  • le local, généralement plus grand et plus contraint qu’ailleurs ;
  • les cotisations sociales — URSSAF et CARCDSF ;
  • les frais de gestion, la RCP, la maintenance, la formation.

L’ordre de grandeur communément retenu situe les charges d’un cabinet dentaire à un niveau élevé du chiffre d’affaires. Faites votre propre calcul : la fourchette est trop large pour qu’une moyenne serve à quelque chose.

Étape 3 — Le bénéfice, puis le net

Le bénéfice non commercial est la base de votre imposition et de vos cotisations. Une fois l’impôt payé et les cotisations régularisées, le disponible est inférieur.

Et le décalage de première année reste le piège classique : cotisations calculées sur base forfaitaire, puis régularisées en année 2 ou 3.

Les leviers réels

Le lieu d’installation. Zonage, densité concurrentielle, structure de population. C’est le facteur le plus puissant sur dix ans.

La composition de l’activité. Part de prothèse, orientation vers certaines pratiques, part d’actes à honoraires libres.

Le taux d’occupation du fauteuil. Un fauteuil vide est un coût fixe qui tourne. Les créneaux perdus par rendez-vous non honorés coûtent proportionnellement plus cher qu’ailleurs, parce que les plages sont longues.

La délégation. Une assistante dentaire formée libère du temps clinique — c’est le levier le plus direct sur le nombre d’actes réalisables.

La maîtrise de la cotation. Sous-coter par prudence est une perte silencieuse et répétée.

Questions fréquentes

Faut-il créer une SELARL ? Cela dépend de votre niveau de revenu, de votre programme d’investissement et de votre horizon patrimonial. L’arbitrage se fait avec un expert-comptable spécialisé.

Qu’est-ce qu’une SPFPL ? Une holding détenant des parts de sociétés d’exercice, utile pour détenir plusieurs structures, s’associer ou préparer une transmission.

Combien gagne un chirurgien-dentiste ? La dispersion est très large. Le chiffre pertinent se calcule à partir de votre volume d’actes et de votre composition d’activité, moins des charges élevées propres au cabinet dentaire.

Peut-on changer de statut en cours d’exercice ? Oui, mais l’opération a un coût fiscal et administratif. D’où l’intérêt de poser correctement la question au départ.

Quelle part du chiffre d’affaires part en charges ? Elle est élevée, du fait du plateau technique, de la prothèse et de la masse salariale. Établissez votre propre ratio avec votre comptable.

Pour aller plus loin

Sources

  • Loi relative à l’exercice en société des professions libérales réglementées
  • Code général des impôts — bénéfices non commerciaux et impôt sur les sociétés
  • Assurance Maladie — Tarifs conventionnels, chirurgien-dentiste
  • CARCDSF — cotisations des chirurgiens-dentistes

Article mis à jour en août 2026. Le choix d’une structure engage votre fiscalité et votre patrimoine : faites-le valider par un expert-comptable spécialisé.

Articles connexes

Statut juridique et revenus du chirurgien-dentiste libéral