La torsion ovarienne désigne une rotation anormale de l’ovaire sur lui-même, entraînant une compression des vaisseaux sanguins qui l’alimentent. Cette urgence gynécologique provoque une douleur pelvienne brutale et intense, souvent accompagnée de nausées et de vomissements. Sans prise en charge rapide, l’ovaire peut souffrir d’une ischémie irréversible, c’est-à-dire d’un manque d’apport sanguin conduisant à la nécrose du tissu.

Chaque année, la torsion ovarienne représente environ 2,7 % des urgences gynécologiques dans les pays industrialisés. Elle touche principalement les femmes en âge de procréer, entre 20 et 40 ans, bien qu’elle puisse survenir à tout âge, y compris chez l’enfant et la femme ménopausée.

Cet article détaille les causes, les signes cliniques, les méthodes diagnostiques, les options thérapeutiques et les moyens de prévention, pour comprendre cette pathologie de A à Z et savoir réagir au bon moment.

Qu’est-ce que la torsion ovarienne exactement ?

La torsion ovarienne survient lorsque l’ovaire, parfois accompagné de la trompe utérine, effectue une rotation autour de son propre axe ligamentaire. Ce mouvement comprime progressivement les vaisseaux lymphatiques et sanguins, réduisant puis supprimant l’irrigation de l’organe. Le résultat est une souffrance tissulaire qui s’aggrave rapidement avec le temps.

Sur le plan anatomique, l’ovaire est maintenu en place par plusieurs ligaments, notamment le ligament utéro-ovarien et le ligament lombo-ovarien. Lorsque l’un de ces points d’ancrage est fragilisé ou que l’ovaire est alourdi par un kyste, la mobilité excessive devient un facteur de risque majeur. La torsion peut être partielle ou complète, ce qui influence directement la gravité des symptômes.

Torsion ovarienne et torsion des annexes : quelle différence ?

Le terme « torsion des annexes » est souvent utilisé comme synonyme, mais il est en réalité plus large. Les annexes regroupent l’ovaire et la trompe de Fallope. Ainsi, une torsion des annexes peut impliquer ces deux structures simultanément, alors qu’une torsion ovarienne pure concerne uniquement l’ovaire. Dans la pratique clinique, les deux termes désignent souvent la même situation d’urgence.

Quelles sont les causes et les facteurs de risque de la torsion ovarienne ?

Plusieurs facteurs favorisent la survenue d’une torsion ovarienne. La connaissance de ces éléments permet de mieux cibler les populations à surveiller.

Les principales causes identifiées

  • La présence d’un kyste ovarien : un kyste de plus de 5 cm augmente considérablement le risque de rotation de l’ovaire en le rendant plus lourd et plus mobile. Les kystes fonctionnels, dermoïdes ou endométriosiques sont particulièrement impliqués.
  • La stimulation ovarienne : dans le cadre d’une procréation médicalement assistée (PMA), les traitements hormonaux provoquent une hyperstimulation ovarienne, ce qui augmente le volume des ovaires et donc leur mobilité.
  • Une anatomie particulière : certaines femmes présentent des ligaments naturellement plus longs, ce qui confère à l’ovaire une mobilité excessive.
  • Les tumeurs ovariennes : qu’elles soient bénignes ou malignes, elles modifient l’équilibre mécanique de l’annexe.
  • Les antécédents de torsion : une torsion passée non traitée chirurgicalement augmente le risque de récidive.

Qui est le plus concerné ?

Les femmes en âge de procréer représentent environ 70 à 75 % des cas recensés. Toutefois, environ 17 % des torsions ovariennes surviennent chez des fillettes prépubères, souvent sans kyste préexistant, en raison d’une hypermobilité ligamentaire naturelle. La grossesse constitue également un contexte à risque, car les modifications anatomiques et hormonales favorisent le déplacement des organes pelviens.

Quels sont les symptômes d’une torsion ovarienne ?

Reconnaître rapidement les signes d’une torsion ovarienne est crucial pour préserver la fertilité et la santé de la patiente.

Une douleur pelvienne caractéristique

Le symptôme cardinal est une douleur pelvienne brutale, unilatérale, intense, souvent décrite comme une crampe ou une torsion viscérale insupportable. Elle peut irradier vers la fosse iliaque droite ou gauche selon l’ovaire atteint, voire vers la cuisse ou le bas du dos. Cette douleur peut apparaître soudainement, parfois en plein effort physique ou à la suite d’un mouvement brusque.

Les signes associés à surveiller

Au-delà de la douleur, d’autres manifestations accompagnent fréquemment la torsion :

  • Nausées et vomissements (présents dans plus de 70 % des cas)
  • Fébricule légère (température entre 37,5 °C et 38 °C) lorsque la nécrose débute
  • Sensation de malaise général ou lipothymie
  • Abdomen sensible à la palpation, parfois tendu
  • Arrêt partiel du transit intestinal par réflexe douloureux

Une présentation trompeuse

La difficulté clinique réside dans le fait que ces symptômes ressemblent à ceux d’une appendicite, d’une grossesse extra-utérine ou d’une colique néphrétique. Ainsi, le diagnostic peut être retardé, ce qui aggrave le pronostic ovarien. Selon plusieurs études, le délai moyen entre l’apparition des symptômes et la prise en charge chirurgicale dépasse parfois 24 heures.

Comment diagnostiquer une torsion ovarienne ?

Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques et paracliniques, car aucun examen seul ne permet de confirmer avec certitude la torsion.

L’examen clinique en premier lieu

Le médecin réalise un examen abdominal et gynécologique complet. La palpation révèle une sensibilité marquée d’un côté du bas-ventre. Le toucher vaginal peut percevoir une masse annexielle douloureuse. Ces éléments orientent rapidement vers une imagerie complémentaire.

L’échographie pelvienne : examen de référence

L’échographie, idéalement par voie endovaginale, est l’examen de première intention. Elle permet de visualiser un ovaire augmenté de volume, souvent supérieur à 4 cm, avec parfois un kyste associé. Le doppler couleur, intégré à l’échographie, évalue la vascularisation ovarienne. Toutefois, la présence d’un flux au doppler n’exclut pas formellement une torsion, car une torsion partielle peut conserver un flux résiduel.

Le scanner et l’IRM en complément

Lorsque l’échographie est non concluante, un scanner abdomino-pelvien ou une IRM peut être réalisé. Ces examens permettent de détecter des signes indirects tels qu’un épanchement liquidien intrapéritonéal ou une déviation de l’utérus. En pratique, le scanner est plus accessible en urgence, tandis que l’IRM offre une meilleure résolution des parties molles.

Le bilan biologique

Les analyses sanguines montrent rarement des anomalies spécifiques. Une légère hyperleucocytose (globules blancs élevés) peut apparaître si une nécrose débutante est présente. Le dosage des bêta-hCG reste indispensable pour éliminer une grossesse extra-utérine. Le bilan préopératoire standard (NFS, coagulation, groupe sanguin) est systématiquement réalisé avant toute intervention.

Quel traitement pour une torsion ovarienne ?

La prise en charge d’une torsion ovarienne est toujours chirurgicale. Le délai d’intervention conditionne directement les chances de conserver l’ovaire fonctionnel.

La coelioscopie : technique de choix

La coelioscopie, ou laparoscopie, est l’approche chirurgicale privilégiée. Le chirurgien introduit une caméra et des instruments fins par de petites incisions abdominales. Cette technique mini-invasive permet de visualiser l’annexe, d’évaluer son état et de détordre manuellement l’ovaire.

Détorsion ou annexectomie ?

Deux options s’offrent à l’équipe chirurgicale :

  1. La détorsion simple : le chirurgien remet l’ovaire dans sa position normale. Si l’ovaire reprend une coloration rosée en quelques minutes, il est conservé. Cette option est privilégiée autant que possible, notamment chez les femmes jeunes souhaitant préserver leur fertilité.
  2. L’annexectomie : si l’ovaire présente une nécrose irréversible, c’est-à-dire une couleur violacée ou noirâtre persistante après détorsion, le retrait de l’annexe devient nécessaire. Cette décision, toujours difficile, vise à prévenir une infection généralisée.

La prise en charge du kyste associé

Lorsqu’un kyste ovarien est à l’origine de la torsion, il peut être traité dans le même temps opératoire. Une kystectomie, c’est-à-dire l’ablation du kyste en conservant l’ovaire sain, est réalisée si l’état de l’organe le permet. Dans certains cas, une ovarioplexie (fixation chirurgicale de l’ovaire) est pratiquée pour prévenir une récidive.

La prise en charge postopératoire

Après l’intervention, la patiente est surveillée en milieu hospitalier pendant 24 à 48 heures en moyenne. Un traitement antalgique est administré, et une contraception orale peut être prescrite pour mettre l’ovaire au repos et prévenir la formation de nouveaux kystes fonctionnels. Un suivi gynécologique rapproché est organisé dans les semaines suivantes.

Torsion ovarienne et fertilité : quelles conséquences ?

La question de l’impact sur la fertilité est centrale pour les patientes, notamment les femmes jeunes ou en désir de grossesse.

Quand l’ovaire est conservé

Lorsque la détorsion est réalisée rapidement, dans les 6 à 8 heures suivant l’apparition des symptômes, les chances de récupération fonctionnelle de l’ovaire sont très élevées. Des études montrent que plus de 90 % des ovaires détordus précocement reprennent une activité hormonale et folliculaire normale. La fertilité est généralement préservée.

Quand l’annexectomie est inévitable

En cas de retrait de l’ovaire, la femme conserve l’ovaire controlatéral, qui peut suffire à maintenir une ovulation régulière et une grossesse naturelle. Toutefois, si les deux ovaires sont concernés à des moments différents, le risque d’insuffisance ovarienne prématurée devient réel. Une orientation vers un spécialiste en médecine de la reproduction est alors conseillée.

L’importance du suivi gynécologique

Un suivi régulier par un gynécologue permet de détecter précocement tout kyste récidivant ou tout facteur de risque de nouvelle torsion. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande une échographie pelvienne de contrôle dans les 4 à 6 semaines après l’intervention. Ce suivi est particulièrement important chez les patientes ayant bénéficié d’une ovarioplexie.

Peut-on prévenir une torsion ovarienne ?

La prévention totale reste difficile, car certains facteurs sont anatomiques et non modifiables. Cependant, plusieurs actions permettent de réduire le risque.

Surveiller les kystes ovariens connus

Un kyste ovarien diagnostiqué doit faire l’objet d’un suivi échographique régulier. Si sa taille dépasse 5 à 6 cm et qu’il persiste au-delà de deux ou trois cycles menstruels, une ablation chirurgicale préventive peut être envisagée pour limiter le risque de torsion.

Adapter la pratique sportive

Les efforts physiques intenses ou les mouvements brusques sont parfois déclencheurs, surtout en présence d’un kyste connu. Cela ne signifie pas qu’il faille éviter toute activité, mais il convient d’adapter les exercices et de signaler tout kyste à son médecin avant une pratique sportive intensive.

Encadrement médical lors de la stimulation ovarienne

Dans le cadre d’une PMA, le Ministère de la Santé et de la Prévention recommande un encadrement médical strict, avec des échographies de suivi régulières, pour surveiller la réponse ovarienne et prévenir une hyperstimulation excessive. Un protocole adapté réduit significativement le risque de torsion dans ce contexte particulier.

FAQ – Questions fréquentes sur la torsion ovarienne

La torsion ovarienne peut-elle se résoudre seule ?

Dans de très rares cas, une torsion partielle peut spontanément se détordre, ce qui entraîne une disparition temporaire des douleurs. Toutefois, ce phénomène ne doit jamais conduire à retarder une consultation médicale, car le risque de récidive et de nécrose reste élevé. Seul un examen médical permet d’évaluer la situation réellement.

La torsion ovarienne peut-elle survenir pendant la grossesse ?

Oui, la grossesse représente une période à risque accru, notamment au cours du premier trimestre, en raison des modifications anatomiques pelviennes et du développement possible de kystes lutéaux. La prise en charge chirurgicale reste possible pendant la grossesse, avec des précautions anesthésiques adaptées. Le pronostic fœtal est généralement favorable lorsque la chirurgie est réalisée rapidement.

Combien de temps dure l’opération pour une torsion ovarienne ?

Une coelioscopie pour torsion ovarienne dure en moyenne entre 30 et 60 minutes, selon la complexité du geste et la présence ou non d’un kyste à traiter. La patiente est généralement opérée sous anesthésie générale. Le retour à domicile intervient dans les 24 à 48 heures qui suivent l’intervention.

Y a-t-il des douleurs résiduelles après la chirurgie ?

Des douleurs légères à modérées sont fréquentes dans les premiers jours postopératoires. Elles sont efficacement soulagées par des antalgiques classiques prescrits par le chirurgien. Une douleur persistante ou une fièvre supérieure à 38,5 °C après la sortie doivent conduire à une consultation médicale sans délai.

La torsion ovarienne peut-elle toucher les filles avant la puberté ?

Oui, environ 17 % des cas surviennent chez des enfants ou adolescentes prépubères. Chez elles, la torsion se produit souvent sans kyste associé, en raison d’une laxité ligamentaire physiologique. Le diagnostic est parfois plus difficile à établir, car les symptômes peuvent être confondus avec une appendicite ou une douleur abdominale fonctionnelle.

La torsion ovarienne ne doit jamais être prise à la légère

La torsion ovarienne est une urgence médicale et chirurgicale qui exige une réaction rapide. Une douleur pelvienne brutale, unilatérale, associée à des nausées, doit alerter immédiatement et conduire aux urgences gynécologiques sans attendre. Chaque heure compte pour préserver l’ovaire et maintenir la fertilité. Grâce à la coelioscopie, réalisée dans les meilleurs délais, le pronostic est excellent dans la grande majorité des cas. En cas de doute, il ne faut jamais minimiser les symptômes : consulter un médecin ou appeler le 15 reste le réflexe le plus important.

Sources

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Haute Autorité de Santé. (2022). Prise en charge des urgences gynécologiques non obstétricales. HAS. https://www.has-sante.fr

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