Alimentation et syndrome de l’intestin irritable : le guide complet pour apaiser les douleurs
L
e syndrome de l’intestin irritable (SII) n’est pas qu’un simple « mal de ventre ». C’est un véritable handicap pour beaucoup de patients. En effet, bien que cette maladie soit bénigne, ses symptômes peuvent altérer fortement leur qualité de vie, en termes d’alimentation, de sommeil, d’image de soi, aussi bien en société qu’en milieu professionnel…
Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable ?
Le syndrome de l’intestin irritable, ou colopathie fonctionnelle, est un trouble du fonctionnement de l’intestin dans sa globalité (de l’intestin grêle au côlon ou gros intestin). Il s’agit d’une pathologie fonctionnelle (aucune anomalie des organes observée lors des examens médicaux courants) et chronique (au moins 6 mois d’évolution).
Cette pathologie touche environ 5 % de la population française, avec une prépondérance chez les femmes. Elle est le plus souvent diagnostiquée entre 30 et 40 ans, mais peut aussi être retrouvée chez les enfants et les adolescents.
Bien qu’elle soit bénigne, sa durée et la répétition des douleurs affectent profondément la vie des patients. (1,2)
Quels sont les signes et les symptômes du syndrome du l’intestin irritable?
Les symptômes du SII peuvent être subdivisées en plusieurs types :
Abdominales :
- Maux de ventres,
- Douleurs abdominales se manifestant sous forme de crampes et de spasmes, apparaissant après le repas ou au réveil. Elles peuvent dure de quelques heures à quelques jours, et l’émission de gaz ou de selles suffisent à les soulager,
- Ballonnements fréquents rendant parfois pénible de port des vêtements. Ils peuvent s’accompagner de bruits de liquides à l’intérieur du tube digestif, et sont également soulagés par l’émission de gaz ou de selles
Troubles du transit intestinal :
- Constipation,
- Diarrhées fréquentes de forme liquide ou molles, survenant le matin ou après le repas.
Concernant les troubles du transit intestinal, leur fréquence permet de distinguer plusieurs formes de la maladie :
- Constipation prédominante (SII-C, environ ¼ des patients)
- Diarrhée prédominante (SII-D, environ 1/3 des patients)
- Alternance diarrhée-constipation (mixte) (SII-M, environ 40% des patients).
Contrairement à une idée reçue, le SII n’augmente pas le risque de développer un cancer du côlon ou une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique). En revanche, d’autres pathologies peuvent être associées comme :
- Des maux de tête,
- Une endométriose,
- Des douleurs musculaires et articulaires (fibromyalgies),
- Des envies fréquentes d’uriner et des infections urinaires,
- Une fatigue chronique, des troubles digestifs comme des difficultés à digérer, des reflux gastro-œsophagiens et des brûlures digestives.
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Quels sont les causes du syndrome de l’intestin irritable ?
Les causes du SII sont encore mal connues, et semblent varier en fonction des individus. Néanmoins, bien que la plupart des pistes soient toujours à l’étude, certaines semblent beaucoup plus avérées et semblent même connectées entre elles.
Microbiote intestinal
Une dysbiose (altération de la flore microbienne) intestinale existerait chez les patients atteints de SII. Sa nature est cependant encore à l’étude. Il a été observé que chez les patients SII-D, la quantité de microbes peuplant l’intestin était similaire à celle présente chez les individus sains, mais que la diversité (la composition) présentait des différences. Par exemple, une diminution de l’espèce bactérienne Faecalibacterium praunsnitzii, productrice de butyrate serait corrélée avec une augmentation de la sévérité des ballonnements intestinaux. De même, il a été observé chez ces patients, une diminution de la population responsable de la production de méthanes, et cette variation serait à l’origine de l’excès de gaz et des diarrhées. On observe également des anomalies dans la production des acides biliaires, qui seraient à l’origine d’une augmentation de la sévérité de certains symptômes, avec notamment des conséquences sur la fréquence et la consistance des selles.
La dysbiose observée chez les patients SII-D peut entrainer une inflammation et une augmentation de la perméabilité intestinale. (4.)
Motricité et sensibilité intestinale
Il semble établi que le syndrome soit lié à des troubles de la motricité intestinale. Ces anomalies conduisent à une accélération ou un ralentissement du transit, entrainant des diarrhées ou des constipations. Les patients présentent également une sensibilité intestinale accrue, due en partie aux réactions inflammatoires liées à l’hyperperméabilité de la paroi des intestins. (2,5)
L’alimentation : comment soulager son système digestif ?
La gestion de l’alimentation est un élément clé pour atténuer les symptômes du SII.
Tout d’abord, il est essentiel de rappeler que nous ne sommes pas tous égaux face à l’alimentation. Tenir un carnet de bord sur lequel on notera les aliments provoquant des symptômes ou les amplifiant est conseillé. Pour tout changement de régime ou d’exclusion temporaire ou définitive d’aliments, il est cependant nécessaire de consulter un diététicien au préalable, afin d’éviter de souffrir de carences nutritionnelles ou vitaminiques.
Quelque que soit l’alimentation, il est conseillé d’adopter quelques réflexes au quotidien :
- Prendre ses repas à des horaires réguliers, à raison de 3 repas par jour,
- Faire attention aux quantités : ne pas trop manger ou boire afin d’éviter d’avoir le ventre rond et de favoriser l’apparition des symptômes, tout en s’alimentant suffisamment pour éviter d’avoir faim entre les repas,
- Manger lentement et dans un environnement calme,
- Bien mâcher les aliments pour faciliter la digestion.
Quelques recommandations sur la consommation de certains aliments :
Fibres alimentaires : elles sont particulièrement conseillées dans le cas d’un syndrome de l’intestin irritable avec constipation. La plupart des experts conseillent 25 à 35 g d’apport total en fibre par jour. Il convient cependant de privilégier les fibres solubles (ex : psyllium, avoine, son, orge, haricots), par rapport aux fibres insolubles (son de blé, céréales complètes, certains légumes) qui auront tendance à fermenter dans le colon, et aggraver les ballonnements. Il est recommandé de répartir les fibres alimentaires tout le long de la journée, afin d’éviter un apport excessif.
FODMAPS : Les FODMAPS (Fermentable Oligo-, Di- and Monosaccharides, and Polyols) regroupent les aliments contenant des édulcorants de synthèse comme le sorbitol, et certains sucres, fermentescibles. Ils entrainent une augmentation de la fermentation intestinale, ce qui va aggraver les ballonnements et provoquer des douleurs abdominales et des excès de gaz. Parmi les FODMAPS, on retrouve par exemple :
- Les aliments riches en lactose,
- Certaines céréales comme le blé, l’orge et le seigle,
- Certains légumes comme les asperges, les choux, les brocolis, les poireaux, les artichaut, l’oignon, l’ail…
- Certains fruits comme les pommes, les poires, les cerises, les nectarines, la pêche, les prunes…
- Le sucre de table, le miel et le sirop d’érable,
- Les aliments transformés (plats industriels),
- Les édulcorants de synthèse,
- Les chewing-gums et bonbons.
Un régime pauvre en FODMAPs peut améliorer les symptômes globaux. Néanmoins, les sociétés savantes recommandent que sa pratique soit encadrée par un diététicien, afin de prévenir des carences nutritionnelles. Il est important également de respecter les différentes phases du régime, comprenant :
- Une période de substitution des aliments ayant une faible teneur en FODMAPS pendant 2 à 6 semaines pour voir si on est répondeur,
- Une période où les aliments contenant des FODMAPS sont peu à peu réintroduits dans l’alimentation, en évaluant les symptômes pour déterminer leur sensibilité,
- Et enfin une période durant laquelle l’alimentation est personnalisée afin d’éviter les aliments déclenchant des symptômes et pour une utilisation prolongée du régime.
- Boissons : il est recommandé, en plus de bien s’hydrater quotidiennement (1,5 à 2 L d’eau par jour), d’éviter la caféine, les boissons gazeuses et l’alcool.
- Eviter les repas trop gras.
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Le saviez-vous ?
Un régime sans gluten peu améliorer l’état général. Mais il n’existe pas d’indication à supprimer le gluten de l’alimentation, le SII n’ayant rien à voir avec la maladie cœliaque.
Quels sont les traitements médicamenteux pour le syndrome de l’intestin irritable ?
Il n’existe aucun traitement pour guérir définitivement de cette maladie. Certains médicaments comme les antispasmodiques, les adsorbants intestinaux, les ralentisseurs de la motricité intestinale et les laxatifs osmotiques permettent de soulager les patients de certains symptômes.(8.)
Important : Les traitements présentés ici sont cités à titre purement informatif. Suivez scrupuleusement les indications de votre médecin, qui est la seule personne habilitée à déterminer les médicaments que vous devrez prendre. La prescription médicamenteuse est personnalisée et se base sur des facteurs uniques à chacun, incluant votre âge, votre condition physique, vos antécédents médicaux…
À retenir : Le syndrome de l’intestin irritable en 4 points
Le syndrome de l’intestin irritable est un trouble fonctionnel de l’intestin, touchant son intégralité, bénin mais chronique, avec un impact significatif sur la qualité de vie des patients
- Maux de ventres, douleurs abdominales, constipation, diarrhées…font partie de la mosaïque de symptômes retrouvés dans cette pathologie
- Les causes du SII sont encore mal connues et toujours en cours d’étude, bien qu’un déséquilibre de la flore intestinale, ainsi que des troubles de la motricité des intestins soient les pistes les plus probables
- Il n’existe pas de traitement définitif de la maladie. Cependant, une analyse et un remaniement précis de l’alimentation du patient permet de soulager en grande partie les symptômes
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Références
- SNFGE – Syndrome de l’intestin irritable.
- AMELI – Reconnaître le syndrome de l’intestin irritable (ou colopathie fonctionnelle).
- CNPHGE – Syndrome de l’intestin irritable.
- MSC – Syndrome de l’intestin irritable.
- INSERM – La rage au ventre : C’est quoi le syndrome de l’intestin irritable ?
- AMELI – Syndrome de l’intestin irritable : que faire pour être soulagé et quand consulter ?
- Post’U – Recommandations sur la prise en charge du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII).
- AMELI – Syndrome de l’intestin irritable : la consultation médicale et le traitement.

