Commençons par lever une confusion qui coûte du temps à beaucoup de praticiens : en kinésithérapie, on ne parle pas de téléconsultation. La téléconsultation est réservée aux professions médicales. Ce que pratique le masseur-kinésithérapeute à distance s’appelle un télésoin, et c’est un acte à part entière, avec ses propres règles d’éligibilité, sa propre cotation et son propre plafond d’activité.

Cette nuance de vocabulaire n’est pas cosmétique. Elle détermine ce que vous pouvez facturer, à qui, et dans quelles proportions. Voici ce qu’il faut avoir en tête avant de proposer votre première séance en vidéo.

Ce que le télésoin autorise et ce qu’il exclut

Le télésoin est né dans le cadre conventionnel avec l’avenant 7 à la convention nationale des masseurs-kinésithérapeutes. Il se définit simplement : un acte réalisé à distance, en vidéotransmission, entre vous et votre patient. Le téléphone ne suffit pas. Un échange de messages non plus.

Le principe de base est large : tous les actes inscrits à la nomenclature générale des actes professionnels sont réalisables en télésoin. Mais deux familles d’exceptions restreignent ce périmètre, et elles relèvent du bon sens clinique.

Les actes qui exigent un contact physique. On ne rééduque pas à distance ce qui se travaille avec les mains. L’Assurance Maladie cite explicitement le désencombrement urgent dans les maladies respiratoires, y compris lors d’une poussée aiguë sur pathologie chronique.

Les actes qui exigent un équipement absent chez le patient. La balnéothérapie en est l’illustration évidente : sans bassin, pas de séance.

À cela s’ajoute une exclusion structurante : la première séance, celle du bilan diagnostic kinésithérapique initial, ne peut pas se faire en télésoin. Le BDK reste un acte présentiel. C’est logique — il fonde tout le plan de traitement.

Quels patients sont éligibles ?

C’est le point le plus souvent mal compris, parce que la règle a changé entre la période Covid et le cadre conventionnel actuel.

Aujourd’hui, vous devez connaître votre patient. Concrètement : avoir réalisé au moins un acte ou un bilan en sa présence dans les douze mois qui précèdent le télésoin. Une seule dérogation existe — le cas où un bilan a été effectué en présence du patient par un kinésithérapeute avant sa sortie d’hospitalisation, avec transmission de la fiche de synthèse.

Deux précisions pratiques :

  • Pour les mineurs de moins de 18 ans, la présence d’un parent majeur ou d’un majeur autorisé est requise pendant la séance.
  • Le télésoin relève d’une décision partagée. Vous pouvez le proposer, le patient peut le demander, mais c’est vous qui jugez de la pertinence clinique. Et rien n’empêche de repasser en présentiel en cours de prise en charge si la situation l’exige.

Les deux limites qui structurent votre organisation

Ce sont elles qui déterminent si le télésoin peut devenir un vrai levier d’organisation dans votre cabinet, ou seulement une solution de dépannage.

La règle des 20 %

Vous ne pouvez pas réaliser plus de 20 % de votre activité conventionnée à distance. Ce seuil s’apprécie sur votre activité annuelle globale, et non patient par patient — ce qui vous laisse la souplesse de suivre certains patients de façon plus intensive en télésoin, tant que la moyenne annuelle tient.

Ce n’est pas une recommandation. L’Assurance Maladie peut organiser des contrôles, et le dépassement expose à une sanction conventionnelle. Si vous montez en charge sur le télésoin, suivez ce ratio dans votre logiciel plutôt que de l’estimer à vue de nez.

La règle territoriale

Seul un kinésithérapeute du même territoire que le patient peut réaliser le télésoin. Cette disposition ferme la porte aux plateformes nationales qui feraient consulter un patient breton par un praticien marseillais. Le télésoin est pensé comme un prolongement de votre patientèle de proximité, pas comme un marché ouvert.

Traçabilité : ce que vous devez produire

Trois obligations documentaires, faciles à oublier dans le feu de l’action :

  1. Rédiger un compte rendu de l’acte réalisé en télésoin et l’intégrer à « Mon espace santé » du patient.
  2. Tracer les séances effectuées à distance dans le bilan diagnostic kinésithérapique.
  3. Comptabiliser ces séances dans le seuil d’accord préalable. Pour les rééducations soumises à référentiel (chapitre V du titre XIV de la NGAP), le seuil au-delà duquel l’accord préalable du service médical devient nécessaire intègre à la fois les actes présentiels et les télésoins. Une séance à distance compte comme une séance.

Ces conditions supposent aussi un environnement technique qui garantisse la qualité du soin, la confidentialité des échanges et la sécurisation des données. Ce point n’est pas négociable : une solution grand public de visioconférence ne répond pas aux exigences applicables aux données de santé.

Comment facturer un télésoin

Le code TMK

Les actes en télésoin se facturent avec le code TMK. Ce code prend les mêmes coefficients que l’acte présentiel auquel il se substitue, selon les règles de la NGAP. Autrement dit, vous ne perdez rien : la prise en charge est identique à celle d’un acte réalisé en présence du patient.

Deux règles d’articulation à retenir :

  • Les majorations s’appliquent dans les mêmes conditions qu’en présentiel.
  • Les frais de déplacement ne sont pas cumulables avec un acte de télésoin — ce qui va de soi, mais mérite d’être vérifié dans le paramétrage de votre logiciel.

Vitale, SESAM sans Vitale, mode dégradé

Le patient n’est pas devant vous : sa carte Vitale non plus. Deux voies s’ouvrent alors.

Si votre logiciel le permet, vous facturez en SESAM sans Vitale. C’est la voie propre, et elle suppose que votre éditeur ait intégré cette fonctionnalité.

À défaut, vous facturez en mode SESAM dégradé. Dans ce cas, vous devez adresser la feuille de soins papier via SCOR, en parallèle du flux électronique. C’est plus lourd, et c’est un bon argument pour vérifier où en est votre logiciel métier.

Le piège des actes en série

C’est l’erreur de facturation la plus fréquente, et elle est contre-intuitive. Quand une série mêle présentiel et distance, tout dépend du dernier acte facturé :

  • Dernier acte réalisé à distance → vous pouvez facturer l’ensemble de la série d’un bloc, présentiel et télésoins confondus.
  • Dernier acte réalisé en présence du patient → interdiction de facturer la série d’un bloc. Il faut alors deux facturations distinctes : les actes présentiels en SESAM-Vitale avec lecture de carte, les actes à distance en SESAM sans Vitale ou, à défaut, en mode dégradé.

Retenez la logique : c’est la nature du dernier acte qui commande. En pratique, si vous alternez régulièrement, planifiez vos séries en ayant cette règle en tête — elle peut vous éviter une double saisie.

Les aides à l’équipement : jusqu’à 525 €

Le télésoin s’accompagne d’un soutien financier, intégré au forfait d’aide à la modernisation et à l’informatisation du cabinet (FAMI). Deux indicateurs optionnels s’ajoutent au socle :

IndicateurMontant
Équipement en vidéotransmission (matériel et abonnements aux solutions de télésanté)350 €
Équipement en appareils médicaux connectés175 €

Les appareils connectés éligibles couvrent notamment le spiromètre, l’impédancemètre, le podomètre, le dynamomètre, la plateforme de stabilométrie, l’oxymètre, le stéthoscope, le dermatoscope et la mesure de pression artérielle.

Point important : l’aide à la vidéotransmission couvre aussi les abonnements aux solutions de télésanté, pas seulement l’achat de matériel. La déclaration se fait chaque année sur amelipro, pendant la période de saisie.

Faut-il s’y mettre ?

Le télésoin ne remplace pas votre pratique — le plafond de 20 % l’interdit structurellement, et c’est sans doute une bonne chose. Il répond en revanche très bien à trois situations concrètes :

  • Le suivi d’un patient éloigné ou empêché ponctuellement, qui aurait sinon annulé sa séance.
  • La supervision d’un programme d’exercices à domicile, entre deux séances présentielles, pour les prises en charge longues.
  • La continuité de soins pendant une période où le déplacement au cabinet est difficile pour le patient.

Le calcul est simple : une séance sauvée est une séance facturée. Sur une file active de plusieurs dizaines de patients, quelques créneaux récupérés par semaine changent l’économie d’un cabinet.

Questions fréquentes

Le télésoin est-il remboursé comme une séance normale ? Oui. Les actes réalisés en télésoin bénéficient exactement de la même prise en charge que les actes réalisés en présence du patient.

Puis-je faire le bilan initial en visio ? Non. La première séance, celle où est réalisé le bilan diagnostic kinésithérapique initial, doit se dérouler en présentiel.

Puis-je prendre un nouveau patient directement en télésoin ? Non, sauf le cas particulier du bilan réalisé avant une sortie d’hospitalisation avec transmission de la fiche de synthèse. Dans le cas général, il faut au moins un acte ou un bilan en présence du patient dans les douze mois précédents.

Le téléphone compte-t-il comme un télésoin ? Non. La vidéotransmission est obligatoire.

Que se passe-t-il si je dépasse les 20 % ? L’Assurance Maladie peut organiser des contrôles, et le non-respect de ce seuil peut faire l’objet d’une sanction conventionnelle.

Mettre en place le télésoin dans votre cabinet

Un télésoin conforme suppose une solution de vidéotransmission sécurisée, adaptée aux données de santé, et un agenda qui distingue clairement les créneaux à distance des créneaux présentiels ; ne serait-ce que pour suivre votre ratio de 20 % sans y penser.

Sources

Article mis à jour en août 2026. Les dispositions conventionnelles évoluent : vérifiez les montants et conditions en vigueur sur ameli.fr avant toute décision.

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